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Une petite histoire de navigation
entre Bracui (Brasil) et Ushuaïa (Argentina)

par Daniel Andurand

Le bateau : Chipie un flot 32 en Alu, dériveur lesté.
Daniel Andurand et ses équipiers : Bernard, Guy, Jean Baptiste, Romina

Au départ de Bracui le 20/12/2008 après un mois de bricolage : pose d’un tout petit Bimini, d’une capote pour la descente, de plafonniers à leds pour le carré, d’un pilote Ray Marine, d’un carénage peintures etc… Nous sommes trois à bord : Guy, Bernard et moi. Cap sur ilha Grande puis Paraty une ancienne ville coloniale datant de la colonisation Portuguaise.
Première escarmouche en sortant du catway, le bateau n’avance que difficilement, plongeon de Guy, la dérive a quittée son logement et est suspendue au bout de son câble de remontée, elle traîne sur le fond.
Cause : l’axe n’était pas dans le trou de la dérive mais en dessous et mise en position verticale elle s’est échappée de son logement. Conséquence : un petit tour de travel lift.
L’archipel d’Ilha Grande, Bracui, Paraty , situé à une centaine de Kms au sud de Rio est magnifique, des  navigations très courtes entre chaque mouillage « des merveilles », sous une chaleur constante et malgré une pluie omniprésente tout au long de l’année « le coin le plus pluvieux de tout le Brésil ».
Première rencontre à Paraty, sans oublier les copains Brésiliens et Argentins de Bracui, avec un jeune Français seul sur son voilier, premier dérapage lors de sa visite sous un gros orage « coutumier dans se secteur ». Je crois que nous reculons ! Effectivement ! Ah si j’avais un guindeau électrique ! Nous troquons une bielette de régulateur d’allure Navik contre une installation Maxsea.

Cap sur Paraty Mirim

ou nous débarquons à bord d’un tout petit Dinghy  « en Ypalon quand même » sur une plage privée. En surplomb des cocotiers et un foisonnement végétal, un homme qui nous fait signe. Nous passerons les fêtes de Noël là chez lui et sa femme : dinde, bière, vin et alcool et tout et tout. Il nous prèttera même sa voiture. Bernard passera 3 nuits dans une de leur chambre d’amis, moi et Guy non car sur ancre au mouillage je préfère dormir dans Chipie.

Cap au Sud « siempre »

sur  l’isle de Sao Sebastien « Ilha Bella » et son flot touristique du à la proximité de Sao Paulo. Mouillage Méditerranéen au milieu des pêcheurs; Ic c’est un autre Brésil le niveau de vie est très proche du notre Européen.

Cap sur Paranagua

, un cul de sac au bout d’un chenal balisé, lieu idéal pour se protéger d’un coup de vent qui se prépare. Mouillage à l’entrée de la baie à Ilha do Meil, ensuite moteur jusqu’à la ville même ou nous passerons le nouvel an sous un magnifique feu d’artifice. Retour à Ilha do meil, aux plages très prisées par la jeunesse Brésilienne : campings, auberges, restaurants, très bonnes franquettes dans une végétation luxuriante, cela tient un peu du maquis Corse et de ses paillotes.
Fin du coup de vent, il est maintenant Nord Nord Est, génial et plein pot à plus de 10 nœuds, un record pour Chipie. Il nous faudra 6 jours pour atteindre Punta Del Este en Uruguay à 600 milles. Les prévisions à  si long terme sont douteuses  et aucun abri entre la Isla Santa Catharina « Florianópolis » à quelques milles et l’Uruguay plus lointain. Quelques gros grains costauds mais pas de Sudestada ni de Pampero dont on m’a mis en guarde. Punta del Este donc : paperasses d’entrée et mouillage.

Cap sur Montevideo

dans un petit port réservé aux bateaux calant très peu, une grande ville très animée avec un beau quartier Historique.

Cap sur le Rio Rosario « Uruguay » à travers le Rio de la Plata

qui a pour particularité d’avoir très peu de fond « de 3 à 5 m » en dehors des chenaux dragués et balisés  pour les navires marchands. Une entrée difficile dans peu d’eau et même pas assez parce que on c’est planté dans la vase, les balises étant un peu positionnées au hasard et seulement rouges. Dans la rivière du fond dans un site enchanteur, en confiance nous suivons les balises et pan on se paye un rocher invisible. Un male fou pour se sortir de ce coin les cailloux semblent être tout autour de nous et on ne les voie pas mais l’aileron du safran lui s’en souviendra. Retour en aval dans un cul de sac paradisiaque ou nous sympathiserons avec des voileux Argentins en vacances, ils nous donneront les waypoints  pour rejoindre Buenos Aires au plus court sans passer par les chenaux marchands.
Rencontre lors d’une ballade à pied d’un sky Surfer sur une plage déserte, c’est un  Uruguayen d’origine Française. Il nous invite chez son frère à deux pas de la plage à prendre un quatre heures copieux et délicieux, sa femme attend un bébé dans les jours à venir et son père nous raccompagnera en voiture jusqu’au mouillage.

Cap sur Columnia juste au nord de Buenos Aires

ou nous nous rendons en suivant les waypoints « chaque waypoint est une épave » donnés par les voileux Argentins. Je me répète la particularité du Rio de la Plata est le manque de profondeur d’eau, elle oscille entre 2 et 4 m et varie à la baisse ou à la hausse surtout en fonction des vents. Escale au Club de Barlovento, celui de Vito Dumas, proche par un chemin de fer du centre ville « station El Retiro ». Ce célèbre solitaire a même une rue à son nom, qui mène au club. 7 jours gratis pour les étrangers, navette 24 heures sur 24 pour aller au mouillage, restaurant, gardiens de nuit, remplissage des bouteilles de gaz Françaises et tout le nécessaire pour sortir les bateaux de l’eau etc..Nous y passerons deux semaines en concluant par un assado « barbecue » avec tous les employés du chantier et un bon copain voileux « Alejandro ».

Cap sur la marina la plus chic de Buenos Aires

« 2 jours gratis pour les étrangers », en plein cœur de la ville, au milieu des grattes ciel, des docs mutés en restaurants/bars et du Sarmiento, un magnifique 3 mats.
Guy nous quitte, Jean Baptiste et Romina embarquent, une petite Chilienne adorable et son copain Français dont j’ai fait la connaissance il ya deux ans à Jacaré près de Joan Pessoa au Brésil. La moyenne d âge du bateau diminue grandement, un peu de jeunesse nous ragaillardie !

Cap sur Mar del Plata,

un bon coup de vent, on affale tout à son arrivée, çà décoiffe ! en fuite vers l’Est pendant quelques heures, on renvoie de la toile, les derniers milles se feront contre un vent fou en gagnant mètre par mètre.
Club de voile de Mar del Plata, 7 jours gratis, shiphandler  à proximité et tout et tout, rencontres sympas.

Cap sur la péninsule Valdès et Puerto Madryn,

je découvre les prévisions météorologiques sous forme de fichiers GRIB. Je fais un tableau, jour/Heure/ direction et force du vent sur papier « accès simple », ces infos s’avèrent exactes. Pour ces régions il faut rajouter environ 30% aux forces de vent, les prévisions à 3 jours sont très bonnes après ce n’est qu’une tendance. Un orage énorme, les éclairs pèttent de partout, de quart avec Jean Baptiste nous fermons tout, coupons l’électricité et nous allongeons sur le planché de notre cage de Faraday. Pas de baleines à Puerto Madryn, elles sont aux Malouines mais des phoques, des Albatros, des lions de mer et un mouillage rouleur face à la plage.

Cap sur Camarones,

premier tout petit port Patagon, des larges rues de terre, quelques maisons de plein pied aux toits de tôles, des 4x4 et quelques bateaux de pêche « le saumon de mer est abondant », la campagne est pelée à perte de vue, moutons  pour la laine et la viande « elle remplace celle du bœuf en Patagonie ».

Cap sur la calleta Sarah

à quelques milles, magnifique et sauvage, nous voyons nos premiers Guanacos et faisons la connaissance d’un jeune Nord Américain, solitaire à bord d’un voilier de 10 m en résine. Il vient de la baie de chaesapeake et veut passer par le canal de Magellan.

Cap sur Isla Leones,

le paradis des pingouins, des milliers et des lions de mer, des centaines  et Chipie seule au mouillage. Un phare abandonné servant de refuge aux baladeurs de passage et nous et nous !

Cap sur calleta Hornos,

une protection à toute épreuve contre vents et mer dans une sorte de canyon sinueux aux roches pelées, de belles ballades à pied, Guanacos, moutons laineux au rendez vous.
Romina et Jean Baptiste nous quittent, ils retournent à pied à Puerto Camarones et ensuite en bus, chez eux à Valparaiso  « Chilie » pour cela ils doivent traverser la fazenda du chanteur Florent Pagny, environ 40 Kms à pied, entrecoupé d’un bivouac pour la nuit « les sacs à dos sont bien chargés » et parait il que les gardiens de  cette immense propriété ont la gachette facile.

Cap sur Puerto Deseado,

mouillage précaire entre deux coffres dont nous aurons du mal à nous débarrasser ,face au club nautique, sans aucun autre voilier si ce n’est celui de notre nord Américain mais dans une autre crique. Un vieux monsieur mécanicien me règle mon hors bord aux petits oignons ! Une flotte importante de chalutiers énormes et toujours se paysage  pelé à perte de vue ou serpente le Rio « Deseado je crois »l le port étant sur sa rive gauche.
Nous sommes en début mars un peu tard pour descendre sur Ushuaïa selon les dires.
Je me tâte afin d’aller directement sur Ushuaïa, les fichiers Grib annoncent un coup de vent de ouest sud ouest dans les 3 jours à venir, nous ferons don escale au Sud à San Julian. Nos prédécesseurs dans ce Havre sont des célébrités : Magellan, le lieutenant de Cousteau et bien d’autres. Grand largue nous embouquons le chenal d’entrée long de 6 à 7 milles, peu d’eau dans la passe, de forts courants de marée et des alignements lointains mais la visibilité est bonne. Le coup de vent passé sans que l’on dérape et pour cause, la chaîne était entortillée dans une vieille ancre à jas d’une cinquantaine de kilos. Il nous faudra 2 heures pour démêler le machin. On voulait au départ empenneler mais flemmards on a abandonner et cela c’est fait par hasard dans cette immense baie.

Cap sur Ushuaïa,

bonnes prévisions des fichiers Grib pris dans un cyber café, plus ou moins 700 milles à parcourir, possibilité de mouillage d’attente à l’abri des vents d’Ouest près du cap Virgenes à l’embouchure de Magellan. Nous en ferons fis. Ensuite la Tierra del Fuego sans abri, à l’entrée du détroit de Lemaire une calleta ou l’on peut attendre un courant de marée favorable ainsi que le vent  « les courants peuvent atteindre 7 à 9 nœuds dans ce détroit ». Autres possibilités les mouillages de l’île des états dans des paysages extraordinaires selon les dires mais vent portant, courant dans le bon sens par une nuit de pleine Lune nous passons le détroit à 1à nœuds de moyenne. A la sortie, changement de décor, vent dans le pif fortissimo, se traduisant par quelques petits milles gagnés vers l’ouest en 4 ou 5 heures. çà se calme et  à la nuit tombante nous entrons dans le canal de Beagle, le paysage est splendide, imaginez la haute Savoie envahie par la mer. A minuit à tatons nous posons l’ancre dans la calleta Braner de l’île Picton « Chilienne ». Un havre de calme, au matin nous gonflons le canote pour nous détendre un peu les jambes à terre ou nous débarquons face à un panneau « peligro minas » datant de quelques escarmouches entre Chiliens et Argentins. Il faut dire qu’ils se partagent les rives du Beagle. Calleta suivante : la Cambaceres interior, un chenal en labyrinthe  entre roches et bancs de sable et récompense un lac au milieu des champs et des bois, à l’horizon des montagnes enneigées, nous mouillons. Belles promenades à pied au milieu des vaches, torros, chevaux oies en liberté jusqu’à la calleta Haberton.
Dernière étape, vent dans le nez, costaud jusqu’à Ushuaïa, amarrage au ponton de l’AFASYN « club de voile » à couple d’un mini cargo de plaisance Australien si ma mémoire est bonne, sur son pont 5 ou 6000 litres de gasoil en bidon.
Débarquement pour un bon restaurant et une nuit bien arrosée au pub Dublin d’où nous ressortirons avec une bonne musette, le trottoir n’étant pas assez large il nous faut aussi la route. Le stress est complètement évacué et au diable pour un moment les fichiers GRIB.

Daniel Andurand







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